Dix-huit
Par André Chapleau
Sept

S'il est sans conteste la normale 3 la plus difficile du parcours Rouville, le septième trou présente toutefois du tertre de départ une image invitante. Perché au-dessus d'une pente prononcée où le ruisseau en contrebas accueillera volontiers les coups ratés, le vert est encadré de profondes trappes de sable où l'on ne veut guère s'aventurer.

Si je joue à court, je devrai frapper un coup d'approche roulé en montant qui peut facilement débouler sur la gauche s'il est trop fort, s'arrêter avant d'atteindre le bon niveau s'il ne l'est pas assez. Par contre, si je tente de cogner du départ un coup solide pour attaquer le fanion blanc, la balle risque de déborder sur le gauche, se précipitant dans l'herbe longue avec la dénivellation qui l'amènera de ce côté.

Je sais que la droite du vert est plus permissive : en atterrissant sur la frise ou sur le vert, la balle voudra bifurquer vers le trou. Mais c'est sans compter sur mon crochet de droite qui risque d'envoyer celle-ci vers la trappe, ou pire, vers les buttes qui invitent au désastre.

Pour moi, le mieux c'est de viser à gauche du fanion (mais pas trop fort!), espérant que l'effet de rotation de la balle la fera rouler en direction du trou.

Je prends place sur le tertre. La logique voudrait que je me place à la droite du tertre pour accommoder davantage mon crochet de droite. Mais en regardant cet emplacement, je constate que celui-ci penche légèrement vers la droite. Je n'aime pas ça. Allons pour le centre du tertre.

Respire profondément. Mieux que ça : inspire... expire... Voilà!

Le temps semble s'être arrêté. Deux mouettes sont suspendues en plein vol ; une mouche qui allait se poser sur la tête d'un des membres de mon quatuor flotte au-dessus de sa casquette comme une araignée accrochée à un fil invisible ; la fumée s'élevant d'une cigarette s'est figée comme un cirrus laminé sur un calme ciel d'été.

Puis le temps se remet tranquillement à tourner : les mouettes se dispersent, l'une à gauche, l'autre à droite ; la mouche se pose un instant, puis n'aimant pas la couleur de sa casquette, décide de repartir en direction d'un autre joueur ; la fumée de la cigarette s'élève à nouveau, s'étiole et disparaît dans l'azur. Enfin, la tête du bâton décrit son arc, mais trop à l'extérieur, ce qui l'oblige à prendre le mauvais chemin au retour. Puis-je arrêter le temps de nouveau pour me replacer? Trop tard ! Le mal est fait : lorsque la tête du fer s'abat sur la balle, sa trajectoire est oblique et la balle suit un chemin incurvé se dirigeant, inexorablement, en direction de la trappe de droite. Non !

Pire encore : la balle s'est arrêtée tout à l'arrière de la trappe. En m'approchant pour évaluer les dégâts, je constate que j'ai beaucoup de chemin à faire pour franchir la trappe de sable et atteindre le vert. Mais bon : je m'en sors assez bien d'habitude, alors pourquoi je raterais mon coup ?

C'est pourtant ce que je fais, à mon grand découragement. Trop de sable et pas assez de balle! Au moins, cette fois-ci, je suis plus proche du vert. Mais mon expérience immédiate donne à mon coup trop de vélocité, ce qui fait la balle traverser le vert, l'envoyant dans la trappe de gauche : trop de balle et pas assez de sable... Quelle catastrophe!

Je suis furieux. Tant et si bien que je m'applique plus ou moins pour ma troisième sortie de trappe consécutive. Un peu trop fort, mon coup envoie la balle dans l'herbe longue de l'autre côté. Un coup d'approche roulé nonchalant me laisse un coup roulé de quelques mètres pour sauver un triple boguey. Aucune chance : je ne suis déjà plus là, ma tête est ailleurs, et je m'en retourne à mon sac en maudissant ma performance. Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour revenir en arrière et reprendre ce trou du début! Mais c'est impossible. Je dois vivre avec ça. C'est la vie, c'est le golf.

Même si ça ne passe pas toujours comme on voudrait...