Dix-huit
Par André Chapleau
Club

Sur le tertre de départ du premier trou, je m'installe derrière la balle et je ne sais trop pourquoi, mais je ne me sens pas confortable. Quelque chose ne va pas dans ma façon de me placer, je m'en rends bien compte. Je sens le regard de mes partenaires de jeu qui s'impatientent : « Il va la frapper la balle, oui ou non? » Bon, j'y vais.

J'avais plein d'attente pour la partie d'aujourd'hui : éviter de refaire les mêmes erreurs tout en répétant les bons coups de la veille. Sur le terrain de pratique, je me suis concentré sur ce crochet de droite qui est réapparu alors que je venais tout juste de régler mon crochet de gauche. Pas possible de frapper tout droit, tout simplement? On dirait que non.

Je m'élance.

Pas trop vite!… garde bien le corps connecté… surtout pas trop à l'intérieur!… les poignets maintenant… ne va pas trop loin!… tu peux redescendre… ne te relève pas!… n'oublie pas de passer les hanches… frappe la balle maintenant… non!… pas comme ça! Zut!

Exactement le crochet de droite que je voulais éviter. À quoi est-ce que j'ai pensé!

Je crois bien être entré dans le boisé à la hauteur de cet arbre-là... Ou est-ce plutôt celui-ci? Pourquoi faut-il que tous les arbres se ressemblent tant!

Bien qu'il ne soit que huit heures, il fait déjà suffisamment chaud pour que mon polo me colle à la peau, entravant parfois mes mouvements, m'obligeant à le replacer au niveau des épaules pour qu'il ne nuise pas à mon élan.

Voilà. Malheureusement, impossible d'atteindre le vert de cet endroit. J'ai un étroit passage entre ces deux arbres pour me placer à une centaine de verges. Trop étroit? Non. Il suffit de frapper droit, non?

Toc! Zut et rezut! Pourquoi les arbres semblent tendre les branches pour arrêter les balles qui filent entre leurs feuilles? Heureusement, celui-ci a renvoyé ma balle dans l'allée. Peut-être a-t-il eu pitié de moi... Il me reste plus de 150 verges à faire, mais au point où j'en suis, je ne me fais pas d'illusion. Enligne-toi. Respire. Ferme les yeux. Frappe.

Wow! Je rêve ou quoi! Ai-je bien vu ma balle partir en ligne droite en direction du vert? Pire encore : l'ai-je vu rouler sur le tablier pour s'arrêter sur le vert à quelques pieds seulement de la coupe? Je me frotte les yeux. Je n'y crois pas. J'ai dû mal voir.

Pourtant, ça doit être vrai : mes compagnons de jeu me félicitent. Alors que je m'approche du vert pour marquer ma balle, je constate en effet qu'il ne me manque par grand chose pour caler mon roulé pour la normale.

Avez-vous remarqué combien la distance, comme le temps, est relative? Qu'il s'agisse de pouces, de pieds, de centimètres ou de mètres, la distance à parcourir pour caler un roulé pour la normale est toujours plus grande lorsque c'est à notre tour de jouer que lorsqu'un autre doit s'acquitter de la même tâche. Il ne peut pas rater ça! Non! C'est impossible. Mais lorsque c'est notre tour, c'est une autre affaire. Einstein avait raison. L'univers est courbe, c'est certain. La preuve, mon fer droit semble croire que la distance la plus courte entre un point et l'autre n'est jamais la ligne droite. Aussi, alors que selon toute logique je m'apprête à rouler mon coup pour la normale, la balle bifurque soudainement à la droite de la coupe, en fait le tour puis s'arrête à trois centimètres d'elle comme pour me narguer.

Au golf comme dans la vie, il ne faut jamais rien prendre pour acquis. C'est du moins ce que l'expérience m'a permis d'apprendre au fil du temps. Vous me demanderez : ton expérience des coups ratés? Oui. C'est à peu près ça. S'il est entendu qu'on apprend de ses erreurs, on apprend d'autant plus rapidement qu'on se trompe souvent. Alors j'ai appris bien des choses, manifestement. C'est pourquoi, alors que je replace mon fer droit dans mon sac, je tente de rester le plus positif possible. En soupirant, je me dis que je pourrai toujours me rattraper au trou suivant. C'est ça, me dis-je en poussant mon chariot vers l'autre départ. Au trou suivant!

André Chapleau

Même si ça ne passe pas toujours comme on voudrait...